Vous avez sans doute entendu parler du coup d’Etat qui a eu lieu au Gabon dans la nuit du 30 au 31 août. Certains comparent déjà ces événements à d’autres coups d’Etat en Afrique de l’Ouest, comme ceux du Niger, du Mali ou du Burkina Faso, où l’armée a renversé des régimes autocratiques corrompus. Cependant, la situation au Gabon est bien différente. Ici, l’objectif premier des militaires n’était pas de chasser la France, mais plutôt d’éviter un bain de sang et de restaurer l’ordre constitutionnel dans le pays.
Comprendre le coup d’état au Gabon
Les véritables enjeux et objectifs du coup d’État
Le coup d’État au Gabon avait pour but premier de mettre un terme à la corruption et aux dérives autoritaires du régime en place. Contrairement aux coups d’État récents au Niger, au Mali ou au Burkina Faso, il ne s’agit pas encore de s’occuper du cas de la France mais plutôt de le rétablir dans la légalité constitutionnelle.
En effet, le coup d’État de 2023 fait suite à une élection présidentielle entachée de fraudes massives et de tripatouillage du résultat final ayant permis la victoire, tard dans la nuit, du candidat du pouvoir. L’armée gabonaise est alors intervenue pour éviter un bain de sang et des affrontements violents dans les rues de Libreville et Port-Gentil. Leur objectif est de rétablir l’ordre constitutionnel en organisant de nouvelles élections libres, transparentes et équitables par la suite.
Pour ce faire, un gouvernement de transition a été mis en place avec à sa tête le Général de brigade Brice OLIGUI NGUEMA, chef de la garde présidentielle du président déchu Ali BONGO. Ce gouvernement de transition a pour mission d’assurer la continuité des services publics, de lutter contre la corruption et le clientélisme, d’organiser des élections dans un délai de 12 à 18 mois, puis de transmettre le pouvoir aux nouvelles autorités élues.
Ainsi, le coup d’État au Gabon se distingue des autres interventions militaires récentes en Afrique de l’Ouest par ses objectifs républicains de moralisation de la vie publique et de restauration de la démocratie. Plutôt qu’un coup d’État, il s’agit davantage d’un « coup de force » républicain.
Les objectifs du coup d’état au Gabon
Les objectifs du coup d’Etat au Gabon ne sont pas comparables à ceux du Niger ou du Mali car le but premier est de rétablir l’ordre constitutionnel et mettre un terme à la corruption généralisée.
Rétablir la démocratie
Les militaires ont pris le pouvoir pour éviter un bain de sang et des violences populaires après la proclamation des résultats frauduleux des élections. Leur objectif est de rétablir un processus électoral libre et transparent afin de restaurer la démocratie et l’État de droit.
Lutter contre la corruption
Le coup d’Etat vise également à combattre la corruption endémique et le détournement des fonds publics qui gangrènent le pays depuis des décennies. Les nouvelles autorités ont promis de traquer les biens mal acquis, de lutter contre l’évasion fiscale et de rendre des comptes sur la gestion des finances publiques.
Dans un pays où les institutions et les postes stratégiques étaient gérés par les non nationaux et des nationaux extrêmement corrompus, faut pas s’étonner ce dernier sombre dans la misère des population lorsque pendant ce temps, des centaines de milliards de FCFA sont soit envoyés à l’extérieur pour construire d’autres pays, soit croupissent dans des valises et des coffres-forts. Il était donc temps que cela cesse !
Améliorer la gouvernance
Le coup d’Etat marque la fin de plusieurs décennies de mauvaise gouvernance. Les militaires se sont engagés à moraliser la vie publique, à renforcer la transparence dans la gestion des affaires de l’État et à lutter contre le népotisme et le clientélisme. Ils ont également promis de réformer l’administration publique et d’améliorer les services publics.
Les objectifs du coup d’Etat au Gabon sont donc axés sur la restauration de la démocratie, la bonne gouvernance et la lutte contre la corruption. Bien que le contexte soit différent, ces objectifs ne sont pas sans rappeler ceux des coups d’Etat au Burkina Fasso et au Soudan qui ont permis de tourner la page de régimes autoritaires corrompus. Le succès de la transition au Gabon dépendra de la capacité des nouvelles autorités à tenir leurs engagements.
Restaurer l’ordre constitutionnel après les élections truquées
Le coup d’État au Gabon visait principalement à rétablir l’ordre constitutionnel après les élections générales truquées d’août 2023. Contrairement aux interventions militaires récentes au Niger, au Mali et au Burkina Faso, l’objectif premier des forces armées gabonaises n’était pas de chasser la France (ça c’est peut-être pour plus tard !).
Les élections législatives et sénatoriales de 2023 au Gabon ont été entachées de fraudes massives. La proclamation des résultats, qui s’est faite tard dans la nuit, pendant que la population dormait et qu’internet était coupé, aurait mené le pays au bord de l’implosion. Devant ce scénario explosif, l’armée est intervenue dans la même nuit et quelques minutes après cette proclamation pour éviter un bain de sang et maintenir le calme dans les rues.
Bien que certains aient qualifié ces événements de « coup d’État », « coup d’État de palais » l’armée gabonaise a clairement indiqué qu’elle n’avait pas l’intention de prendre le pouvoir ou de renverser les institutions. Son intervention visait uniquement à ramener le calme et la stabilité politique dans le pays, à l’instar de son devoir régalien de protéger la population.
Lutter contre la corruption endémique
La lutte contre la corruption généralisée au Gabon est l’un des objectifs principaux du coup d’État. Le pays est classé parmi les plus corrompus au monde, selon Transparency International. Les pots-de-vin et le népotisme sont monnaie courante dans le secteur public, sapant la confiance dans les institutions et privant le peuple de services essentiels.
Pour éradiquer ce fléau, les putschistes sont actuellement entrain de:
- Effectuer un audit complet des finances publiques. Identifier les fonds détournés et traduire en justice les responsables.
- Réformer le système judiciaire pour qu’il soit vraiment indépendant et capable de poursuivre les délits de corruption. Augmenter les peines pour corruption et confisquer les avoirs des condamnés.
- Renforcer la transparence dans l’attribution des marchés publics. Publier tous les appels d’offres et contrats pour permettre un contrôle citoyen. Favoriser la concurrence pour réduire les risques de favoritisme.
- Simplifier les procédures administratives trop complexes qui favorisent les bakchichs. Numériser et automatiser les services quand c’est possible.
- Mener des campagnes de sensibilisation pour promouvoir l’intégrité et dénoncer les méfaits de la corruption. Éduquer la population à ses droits et devoirs de citoyen.
- Attirer les investissements étrangers en améliorant le climat des affaires. La présence d’acteurs internationaux peut contraindre les pratiques illicites. Leur retrait fragilise l’économie et accroît la pauvreté, terreau de la corruption.
La lutte contre ce fléau nécessitera du temps et de la détermination. Mais en renforçant la transparence et l’état de droit, les putschistes peuvent jeter les bases d’une société plus juste et prospère. Le chemin sera long, mais chaque pas comptera pour restaurer la confiance et l’espoir du peuple gabonais.
Les différences avec les coups d’État au Niger et au Mali
Les coups d’État récents au Niger, au Mali et au Burkina Faso avaient pour objectif premier de renverser des régimes autoritaires et corrompus. Cependant, le coup d’État au Gabon cette année a des objectifs fondamentalement différents.
Contrairement aux pays voisins, l’armée gabonaise n’a pas destitué le président Ali Bongo Ondimba. Au lieu de cela, elle a pris le pouvoir pour éviter un bain de sang et restaurer l’ordre constitutionnel après la proclamation des résultats frauduleux des élections générales. L’objectif principal est de mettre fin à la corruption et de permettre des élections libres et équitables.
- La junte militaire au pouvoir a annoncé la suspension de la constitution et la dissolution du gouvernement et de l’Assemblée nationale.
- Un couvre-feu a été imposé et les frontières ont été fermées.
- La junte a promis d’organiser de nouvelles élections dans un délai de 12 à 24 mois.
- Aucune date précise n’a encore été annoncée pour le transfert du pouvoir aux civils.
Le coup d’État au Gabon semble donc avoir des motivations plus internes que ses voisins. La junte militaire cherche à rétablir la démocratie et la bonne gouvernance, et non à s’emparer du pouvoir. Bien que les coups d’État soient généralement condamnés par la communauté internationale, celui-ci pourrait être perçu plus favorablement s’il permet une transition pacifique vers un gouvernement civil démocratiquement élu.
L’avenir du Gabon dépendra de la capacité de la junte à organiser des élections libres et équitables, et à transférer le pouvoir à un gouvernement civil. Le peuple gabonais mérite un gouvernement qui représente véritablement les citoyens et se soucie de leurs intérêts. Espérons que ce coup d’État conduira à une démocratie stable et prospère au Gabon.
Conclusion
En somme, le « Coup d’Etat » au Gabon n’est pas comparable à ceux du Niger, du Mali ou du Burkina Fasso. Il ne vise pas à renverser le régime en place ou à chasser le président actuel du pouvoir. Son objectif premier est de rétablir l’ordre constitutionnel, de mettre fin aux élections truquées et à la corruption qui gangrènent le pays. Contrairement aux autres pays de la région, le peuple gabonais ne réclame pas un changement de régime mais plutôt une restauration de la démocratie et de l’Etat de droit. Le coup d’Etat de 2023 apparaît donc comme une opération de « nettoyage » menée par l’armée pour assainir le système et non comme une révolution. L’avenir dira si les militaires parviendront à atteindre leurs objectifs et à organiser des élections libres et transparentes pour un retour à la normale constitutionnelle.
Crédit photo: Challenges.fr
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