Article pour la Journée Lasserre

« Libreville : ville sans  visage ? » Texte définitif disponible dans « Libreville, la ville et sa région, 50 ans après Guy Lasserre, Connaissance et savoirs, Paris, 2013

 Résumé :

Naguère ancien camp d’esclaves, puis comptoir commercial, Libreville s’est vite imposé la légende d’une cité  cosmopolite  capitalisant les rivalités des anciens navigateurs  portugais et hollandais, colonisateurs pavillon français vs pavillon anglais… avant d’assumer le nom éponyme « ville des esclaves libérés » en 1849. Comme dresser sur un dessous de cartes, à cette légende historique viennent  se superposées la ville coloniale (Lassère), une poussée urbaine sauvage et, bien plus généralement, le problème d’un ordre architectural qui n’est rien moins que la question philosophique de l’écoumène.

 Mots clefs : œcoumène, architecture du milieu

 Introduction

Née d’un champignon de villages côtiers agglomérés ayant servis de comptoirs au XV ème siècle, Libreville constitue un ensemble urbain disparate, sans visage ni trait d’aménagement particulier. Sa naissance est datée depuis l’édification du Fort d’Aumale (16 mai 1843 – 3 septembre 1843). Cependant,  à côté de cette présence française, l’ancien débarcadère enregistre une importante présence des flottes de puissances européennes ayant des pieds-à-terre à Glass (anglais), à Pointe Denis et aux iles Coniquet, (hollandais), au Cap Lopez (portugais)… A la fois théâtre de concessions territoriales, de tractations commerciales et de conflits d’intérêt clairsemés de compromis, parfois de défaites, Libreville accède à l’histoire contemporaine par la singularité évènementielle d’un brick négrier arraisonné au large des côtes gabonaises en 1849… Plus de deux décennies après le congrès de Vienne de 1815. Incidemment ! De ce passé ambigüe dont on ne sait presque rien si ce ne sont les atermoiements du dernier comptoir d’esclavage de la côte atlantique, domine les vestiges d’un passé colonial (Lassère). Le présent article interroge les fondements urbains de Libreville, les carences relevant, aussi bien de la politique du patrimoine de la ville que de la question de l’infrastructure de sa modernisation. Ce qui, en dernière analyse, soulève le problème d’un ordre architectural à définir ?

 I-Libreville : De Lassère à Hubert Freddy Ndong Mbeng et Lucie Mba.

 A-Du partage de l’estuaire à la ville coloniale.

Depuis Lasserre, il est entendu que Libreville est une bande côtière mêlant les ambiances féeriques des feux de la modernité aux joies de l’exotisme colonial. Avant d’être tour à tour capitale du Congo français, chef-lieu du territoire du Gabon et capitale de la République gabonaise, Libreville a  longtemps souffert de l’étiquette sulfureuse de « ménagère » du célibataire blanc ». La première carte historique de la ville se réclame des positionnements stratégiques des puissances européennes dans le Golfe de guinée. Le partage de l’estuaire qui intervient à la faveur du congrès de vienne n’en est qu’une conséquence. L’historien Fréderic Meyo Bibang  les axes directrices de ces subdivisions sur lesquelles s’est modelée le plan urbain :

« La rive droite de l’Estuaire où règnent les ‘’rois’’ Kringer, Quaben, est fréquentée par les anglais ; tandis que la rive Gauche placée sous l’autorité de Rapontchombo dit Denis, est favorable à l’influence française »

Libreville: Roi Denis RapotchomboAu fond, les choses ne sont pas aussi simples. Xavier rappelle qu’ à côté du château fort, la création à proximité immédiate, d’une ville baptisée Libreville, inspirée par les modèles sierra leonais de Freetown (1797) et libérien de Monrovia (1847). Elle prend l’allure d’un phalanstère avec la construction d’un “ village chrétien et français ” organisé autour de cinq places : place des “ Mpongouès ”, place de la liberté, place des “ Bakalais ”, place des “ Pahouins ” et place des “ Boulous ”. Cependant, ces premiers Librevillois sont instables et peu enclins au travail. Il faut tenir compte aussi bien des  dynamiques des redéploiements que des occupations territoriales des puissances coloniales. Car, tout cela n’aurait aucune importance si l’on ne renvoie aux jeux des forces locales. Ainsi pour des motifs chauvinistes avoués, le Prince Félix Rapontchombo aurait, à la place du nom éponyme qui consacre la libération de quarante six esclaves du brick négrier Elizia, préféré les dénominations « Fort-D’aumale » ou « Bessieux-ville ». Parti pris français fort surprenant de la part de celui qui, hier encore, arborait fièrement la couronne royale offerte par la reine Victoria à son bisaeuïl Denis Rapontchombo.

A Gauche, élégance royale et posture altière, sa majesté le Roi “ Denis Rapontchombo. A droite sa femme : coiffe souveraine et caban de reine. Chef de terre ou monarque ? Denis arbore fièrement ses attributs de pouvoirs reçus des mains de la reine Victoria d’Angleterre en reconnaissance de son autorité bienveillante à l’endroit des présences étrangères : couronne royale, tenue d’apparat et canne de chef… autant de pièces qui auraient constitué un fond d’œuvres patrimoniale et fait le bonheur du public. Denis aurait en effet sauvé des marins anglais des griffes d’un groupe de guerriers boulous.  Pourtant son rôle diplomatique auprès des puissances coloniales, reste assez controversé. Protecteur des anglais ou pacificateur des côtes gabonaises ici ; intermédiaire,  habile négociateur là, vassal ou allié des français autrement, mais personnage historique indéniable. Denis Rapontchombo jouit d’un prestige et d’une notoriété sans égale sur la côte. Il aurait persuadé Montagniès de la Roque de relâcher les otages et dissuadé ce dernier de lancer une expédition punitive contre Gringer, Quaben…, présumés auteurs de razzias et actes de contrebande si ce n’est de roublardise contre une promesse  de restitution des marchandises pillées (d’après Griffon, 1865, p. 276).

Libreville la capitale

©settingoutlines.blogspot.com

Pour faire plus simple, le paysage historique de Libreville jouxte des poches de villages indigènes aux bandes côtières aménagées en comptoirs de négoces, dépôts de marchandises et stations d’approvisionnement. En langage topographique, on parlera d’une bande côtière nord et d’une bande côtière sud. La bande côtière nord comprend les quartiers Louis, Quaben et autres vestiges de l’establishment français. La bande côtière sud renvoie au pré-carré anglo-américain dont le repérage commencerait à l’ancien Hollando pour remonter vers Glass, Baraka… Les deux establishments sont séparés par la vallée de Sainte-Marie où triomphent la mission catholique et ses institutions : Collège Bessieux, Immaculée … A l’hinterland, de la bande côtière et des villages indigènes, des zones résidentielles fortement européanisées : London, Toulon, Derrière-L’Hopital, Montagne Sainte… A l’arrière plan, l’intérieur des terres présente des îlots d’habitations qui, la poussée urbaine galopant, ont donné lieu à des quartiers populaires : Akébé, Nombakélé, Kinguélé, Cocotiers, Nkembo…

Quartier populaire de Libreville

©e4project.com

A l’origine, un ensemble de comptoirs-débarcadères mettant en conflits pavillons hollandais, portugais, français et anglo-américains. “ L’Estuaire du Gabon d’après les Occidentaux en 1839 ” (Deschamps, 1963, p. 297). D’après Xavier Cadet, Op. Cit.

Libreville: port d'Aumale

Au départ, un plateau abritant des infrastructures militaro-portuaires dont l’ancien fort d’Aumale. Le plateau est bordé au nord et sud par des villages côtiers. Ici détails de quelques sites pouvant servir places fortes de la ville de Libreville. Cf. Rive droite de l’Estuaire (Deschamps, 1963, p. 319). D’après Xavier Cadet, Op. Cit.

Libreville avant indépendance

 

 Mission catholique de Libreville, l’une des premières infrastructures modernes de la capitale gabonaise (Griffon, 1865, p. 284). D’après Xavier Cadet, op. Cit.

 Dans les premiers plans, Libreville comprend une cité coloniale abritant une infrastructure militaro-portuaire, administrative et économique (magasins) à la quelle viennent se greffées des cités dortoirs abritant des populations indigènes… Il se dessine des champignons d’habitations clairsemés aux alentours de comptoirs-débarcadères. L’ensemble constitue un noyau surplombé par un quartier européen  autour duquel s’agglutine des quartiers populaires. Comme toutes les villes coloniales, les anciens villages indigènes sont absorbés par un habitat spontané donnant lieu à des quartiers populaires d’où proviennent le personnel domestique, les auxiliaires d’administration et la main-d’œuvre : cuisiniers et valets de chambres, commis de bureau, ouvriers de manufactures et magasins…

Libreville vers 1860

Factorerie anglaise de Glass, l’une des premières infrastructures modernes de la capitale gabonaise (Griffon, 1865, p. 280).

Le quartier européen est bien entendu le quartier des affaires : cabinets, services administratifs, magasins de luxes, cafés et restaurants affluents. Dans l’ensemble, comme l’écrit Roland Pourtier à propos des villes d’Afrique intertropicale, le schéma directeur de Libreville obéit à une « double fonction : contrôle politico-administratif du territoire, drainage des produits  du sol et du sous-sol vers les métropoles »

 B-Modernisme.

 Dans un billet du Monde datant de février 1971, Philippe Ducraene annonce la disparition programmée « des cases décorce ou de planches éclatées –déchets prélevés sur les chantiers forestiers – […] huttes de terre dont l’armature est faite longues gaules de bois […] des grandes cases à panneaux ouvrants et à galeries couvertes, ou ces abris en latérite… », ce type de construction qui caractérise les « Librevilles noires ». Ce, au bénéfice des « immeubles modernes qui font leur apparition sur le front de mer ». Est-il besoin de rappeler, ainsi que l’affirme le Président Senghor, que ces propos constituent un regard projectif plein d’espoir quant au processus de développement en cours des villes africaines. Reste que pour Philippe Ducraene, ce que Senghor emble tenir pour élément marginal, ce développement se fera sans  facteurs anthropologiques. De ce que pour ce dernier, la poussée urbaine qui s’observe par l’affluent des populations de l’intérieur du pays et autres communautés est regardée comme une manière de « s’intégrer dans les nouvelles structures économiques » qui consiste à « vivre en ville comme dans un village de brousse… ». Et il le dit des activités agropastorales des dites populations avant de conclure à l’idée d’une « ville livrée à l’anarchie des constructeurs ».

C’est donc un dénie de droit que penser l’espace urbain non comme un « milieu des milieux », mais un territoire zoné établi une bonne fois pour toute où donc la coexistence des tiers n’est pas admise. On en appréciera la pertinence de la remarque par l’absence de voie de communication intra-quartier. Deux cas peuvent nous y aider à cerner l’acuité du problème. La voie d’accès à l’ENS abouti à deux ou trois. La première qui va de l’ENS à l’ambassade du Bénin et sa façade arrière gagnerait à se transformer en une jonction reliant la voie express par le Ministère de la Défense. De même, la voie qui tend vers la zone dite de l’épicerie et ses riverains pourrait constituer un bras de route parallèle à la voie express jusqu’au lycée Michel Montaigne, avant le carrefour des Charbonnages. On peut prendre l’autre versant qui tend vers le quartiers dit Allalango qui n’a pas d’issue et qui pourrait elle aussi constituer une artère à la circulation entre les quartiers Derrière l’Ecole normale et le versant Est du quartier derrière la prison. Des situations de ce genre sont légions. Nous voulons bien  tenir à celles-ci pour établir que la ville de Libreville n’est pas pensée comme un « écoumène », un territoire habitable. Ce qu’en termes d’écosophie, on appelle un « milieux ».

A la ville coloniale faite de compartiments et découpes territoriales, s’est ajoutée une architecture moderniste qui pose l’espace urbain non comme un « milieu des milieux », mais comme un terrain à domestiquer par une infrastructure matérielle. Dans cette hypothèse de penser, la ville n’est plus un « écoumène », mais une nature à ordonner au sens où on le dira avec le jardin français,  une nature vivante à donner forme. Libreville est entrée dans l’ère de triomphe d’une écologie environnementale qui se préoccupe plus de belle bâtisses : Parlement, Senat, Immeuble du pétrole, Bercy, Immeuble abritant le ministère de l’environnement… Mais dans les termes d’une écosophie, nous sommes encore à l’ère d’une architecture naturelle. Un peu comme on le dit des travaux de Lee White, qu’il est dans une philosophie de la nature qui se préoccupe  de la sauvegarde des espèces naturelles, sans égard aux contes, légendes et cultures ou peuples qui vivent sur ce territoire.

La politique urbaine de Libreville manque délibérément d’ambition dans le choix de ses modèles. A une architecture moderniste reposant sur des schémas d’écologie environnementale, il faut lui substituer une pensée écologie sociale se souciant des médiations symboliques par lesquelles le gabonais entretient les rapports avec le milieu et coexistent avec.

Vers les années 1970, les lignes du tracé colonial de la ville de Libreville voient la promiscuité des quartiers noirs et diurnes prendre le dessus sur son paysage. Deux phénomènes urbains sont observables : un modernisme architectural éculé et une croissance exponentielle des bidonvilles. Le modernisme architectural se dit de cette architecture béton qui triomphe le long de grandes artères et des devantures de voies. Pur façadisme ! On se contente de quelques voies dégagées pour le sommet de l’OUA. L’intérieur des quartiers n’est guère aménagé. Et c’est bien entre deux voies aménagées que se greffent les « pauvres univers en contre-plaqué, en planche et en tôle, qui cachent aussi des murs intérieurs en cartons ». Aux matériaux hétéroclites qui déterminent l’habitat des sous-quartiers, s’ajoute le caractère artificieux voir mimétique de l’architecture de matiti.

 Parler du matiti par son caractère artificieux c’est aguicher l’un de ses traits inopinément baroque. On le dira de deux choses : la juxtaposition des habitats et l’absence de style. La juxtaposition des habitats se dit du jeu de rapprochement inattendu entre le populaire et le moderne : «Comment découvrir un matiti à Libreville ? On s’arrête dans une rue populaire, on passe derrière les toutes premières maisons qui y sont en bordure. Car elles présentent dans la plupart des cas une apparence quelque peu soignée et qui risque de faire croire qu’on est dans une imitation de beaux quartiers. Les toutes premières maisons ayant été abandonnées et voilà les matiti  dans son éternel costume». Au delà de la vraisemblance, le moderne et le populaire se jouxtent. L’absence de style se dit de ce déséquilibre permanent du milieu urbain librevillois. Le matiti donne à la ville, l’allure d’une excroissance.

«  Les matitis sont des végétations en vieux contre plaqué, en vielles planches et en vieilles tôles. Ce sont des végétations de bicoques, de gourbis et de taudis qui se cachent derrière des maisons aux apparences quelque peu soignées qui se trouvent en bordure des rues populaires »

La fresque matinée d’amour pour Libreville du jeune écrivain Hubert Freddy Ndong Mbeng tisse de saillie la ferveur des motifs chaud et frais qui caractérise le matiti. Le style réaliste ponctué d’élan de naïveté ne confère pas moins au texte la facture de la caricature et des mièvreries de Tanga nord et Tanga sud de ville cruelle d’Eza Boto. Esquissé à vol d’oiseau, Libreville est peint tel un anneau auréolé de paillettes de l’extérieur, mais contrasté de l’intérieur par des images dysphoriques. Cette ombre dévoreuse est reprise par la poétesse Lucie Mba. La vue bigarrée de départ fini par se dissiper derrière une vaste métaphore  animalière faite de contiguïtés spatiales. Ville patchwork aux pistes grouillant de rongeurs sortant de leur taupinière. Image thériomorphe, le paysage urbain de Libreville est colonisé plutôt qu’habité.

C-Une ville sans visage ?

 Le visage moderne que prend Libreville dans les années 1970 avec l’ouverture des grandes artères jalonnées d’édifices publics profite au sommet de l’OUA. Depuis 2000, la politique des fêtes tournantes n’a pas réussi à changer la physionomie de la ville. En surface des voies de communications, une architecture en matériaux de construction moderne. A l’intérieur, des bidonvilles construits aux alentours des marécages, des nappes d’eau… En périphérie des quartiers sous intégrés cumulant les problèmes de voirie, d’énergie et d’approvisionnement d’eau. La fin de la décennie 2000 semble affirmer le désir de combler les lacunes inhérentes à l’élan de modernisme observé. On veut donner vie à des vieux sites historiques en érigeant quel que monument à titre symbolique. Mais cette politique de réhabilitation historique de l’espace urbain est encore bien timide.

Les festivités du Cinquantenaire de l’Indépendance ont permis d’honorer la mémoire légendaire de « l’esclave libéré ». Le monument surplombe la façade principale du palais présidentiel sur le front de mer. La syntaxe plastique, la posture et la poétique du morceau semble indiquer l’indélébile présence d’un passé ravalé par le modernisme à tout vent des heures glorieuse de la Rénovation. Il en va de même, les sites historiques qui auraient pu servir de places fortes de la ville. Les atouts d’une politique de réhabilitation des sites et monuments historiques de la ville de Libreville sont compromises. Libreville présente aujourd’hui le visage d’une ville sans âme : ni lieux de mémoires, ni monuments, ni espaces de loisir, ni patrimoine commun : l’ancien stade du révérend Père Lefebvre, l’ancien palais des colonies ayant abrité les premiers services de la présidence, les demeures des anciens notables à Glass, à Quaben, au Komo, au Carrefour Léon Mba, au Komo… Aucune politique de réhabilitation des bâtiments chargés d’histoire. Aucune politique de restauration de l’Ancien…

Parmi les problèmes relevant d’une politique du patrimoine, on retiendra : les concessions foncières et les constructions tout azimut sans ordre architectural (Assemblé national, Senat, Immeuble des affaires étrangères…, des espaces publics en souffrances (Rond point de Nzeng Ayong), des ouvrages d’art sans goût (les ponts de Nzeng ayong, Charbonnages, IAI…), un habitat social s sans schéma directeur…

Libreville présente un visage schizophrène. La cartographie montre une ville disloquée entre la mégapole occidentalisée et des bandes de quartiers indigènes qui s’agglutinent autour des pôles économico-administratives. Depuis la décennie 1990, trois conurbations se sont ajoutées à ce clivage : Owendo au sud ; Angondjè au nord de l’aéroport ; sur la nationale 1 route de Ntoum… La disparité de services pour ce qui concerne les problèmes de voirie, d’électricité, d’adduction d’eau et de voie de communication, indiquent, dans tous les cas que la croissance de ces agglomérations n’obéit à aucune politique de la ville.

Il semble donc le problème de la ville de Libreville provient de ce que, après avoir hérité de la compartimentation du milieu urbain en espace du colon/espace de l’indigène ; cités d’affaires / cités dortoirs ; quartiers des mamadou /quartiers de makaya (matitis), la question l’espace habitable ne soit mal posé. Nous commencerons par nous fixer sur le terme avant de revenir aux sources du problème.

II-L’architecture des Milieux

 A-L’écoumène.

Le concept d’écoumène ou « territoire habitable » participe d’un effort de définition de l’espace urbain à la fois comme espace de vie et « milieu ». Il soulève la question d’une stratégie nouvelle d’organisation du « territoire habitable ». Dans le cas de Libreville, on pourra alléguer plusieurs niveaux du problème : sur le plan de la philosophie de l’espace de vie et celui bien entendu celui d’une politique d’aménagement et de constructions de l’infrastructure urbaine.

Dans le premier point, le problème philosophique. Nous avons commencé par faire remarquer les insuffisances du modernisme des années 1970.  Et précisément l’absence, dans le schéma directeur de l’aménagement urbain, d’un espace qui teint compte des habitudes économiques des populations indigènes qui gonflent les retards concernant la mise en place d’une nouvelle politique d’habitat. Retard lié au problème foncier, mais aussi indissociable d’une cartographie mentale de la ville des acteurs de cette politique. Cartographie mentale de la ville qui veut que les grands travaux d’aménagement urbains profitent en priorité aux zones riveraines de grandes artères : boulevard triomphal, voix express, bord de mer…. Or précisément, c’est là une curieuse manière d’envisager un « écoumène ». Car au lieu d’une conception de la ville comme un « milieu »  de coexistence et de communication des milieux (centre d’affaires, quartiers intérieurs, quartiers périphériques….), la ségrégation des espaces (quartiers populaires, quartiers chics et résidentiels, quartiers périphériques….) relègue à la périphérie les populations endogènes comme si elles n’appartenaient pas à ces derniers de jouir des avantages des politiques d’aménagement urbain prévues.

Le développement de la ville de Libreville s’est fait sur le préjugé défavorable : l’opposition de la ville (espace moderne) contre le village (espace sauvage). Philippe Philippe Ducraene dresse cette opposition dans la carte mentale qu’il dresse entre les infrastructures modernes et les activités agro-pastorales développées par les populations indigènes. Pourtant, il ne s’agit pas plus d’une transposition des habitudes anthropologiques du village sur la ville comme le souligne Ludovic Obiang qu’une limite de l’espace urbain : son incapacité d’accueillir les formes de vie locales. Dans le film Identité, le cinéaste tente de dépasser ce clivage à partir la trajectoire existentielle d’un jeune diplômé. La structure narrative du récit ne moralise ni ne déjuge. Il est fait de déambulation, de rencontres fortuites, d’errances et d’incertitudes à éprouver. L’imaginaire de la ville comme espace moderne se construit dans un jeu de miroir avec le village, véritable milieu asilaire et complément de la vie urbaine.

Dans un autre régime d’écriture ambulatoire, Lucie Mba fait l’expérience de cette absence de communication des milieux rural et urbain. Tel « l’éternel voyageur », le décor moderniste de Libreville renvoie à l’étrange familiarité du cauchemar et de la réalité. Au seuil d’une parole mêlée de délires et des rêves existentiels, de pauvres corps sans âmes battant le pavé affluent le long des rues librevilloises. Se promener dans Libreville devient entrer dans le champ de profanations incessantes de corps privés de vies et de repos ; corps faméliques, mort vivants, zombies… que décline la presse par les nombreux faits divers : crimes sexuels, mutilations, Crimes rituels, envoûtements… Autant de chroniques qui confèrent à Libreville l’allure de « sin city ».

Haies de constructions hétérogènes et champs de corps sans âmes confèrent à l’espace urbain librevillois les attributs d’un territoire en déséquilibre constant. De ce panorama, on ne peut rien dire, si ce n’est une physionomie urbaine contrastée heurtant à la fois les habitudes de vie et les goûts architecturaux des habitants. En d’autres termes, il manque à la philosophie urbaine de Libreville les éléments d’écologie sociale dont : les vestiges et monuments de la ville, un ordre architectural comprenant une technologie de l’habitat répondant à l’imaginaire sociale et symbolique de l’espace habitable.

 B-Eléments d’écologie sociale urbaine.

Depuis la fin de la décennie 2000, le désir de combler les blancs et les vides de la nouvelle organisation urbaine de Libreville repose sur la restauration de quelques vieux sites historiques, la réhabilitation de voix de communication inter quartier, des travaux de canaux d’évacuation d’eau.

Concernant le premier point, seul « l’esclave libéré » surplombant la façade principale du bord de mer témoigne l’indélébile présence d’un passé ruiné par le modernisme à tout vent des heures glorieuses de l’ère dite de la Rénovation. Au nombre des places fortes qui pourraient constituer les atouts d’une politique culturelle de la ville il faut parler de la réhabilitation à l’ancienne des sites du stade du révérend Père Lefèvre, l’ancien palais des colonies ayant abrité les premiers services de la présidence, les demeures des anciens notables à Glass, à Quaben, au Komo, au Carrefour Léon Mba… Autant de bâtiments chargés d’histoire. Vraisemblablement, plutôt que de parler d’une ville sans « vieux quartiers », le problème fondamental de la ville de Libreville est celui de savoir comment préserver l’ancienne ville dans la nouvelle ?

Quant au second point, il a trait à la stratégie de mobilisation spatiale des imaginaires rural et urbain. A la politique de ruine de l’Ancien du façadisme moderniste, l’écologie sociale urbaine des matitis présente une alternative en matière de réinvestissements des imaginaires architecturaux par le trait d’inventivité local dans l’usage des matériaux que dans la recherche des lignes, formes et goûts et aménagement de l’écoumène. Bien avant le jeune romancier Hubert Freddy Ndong Mbeng, c’est le cinéma est le premier vecteur de cette vision. Chez Pierre Mary Dong, Philippe Mory et Mensah.

Chez Dong l’espace du village communique avec l’espace de la ville dans un jeu de miroir incessant instruisant la modernité existentielle de la jeunesse (Identité). Dans la caméra de Philippe Mory, chaleur et bruit (mécanique-avion) cohabitent avec la cohue des marchés populaires, les liesses et fièvres de l’indépendance. Dans ce film à quatre mains, le cinéaste dresse un album d’images à valeur d’archives. Libreville est maquillée aux couleurs flamboyantes d’une belle anonyme : aux décors faits des pièces de morceaux ; dans un jeu de miroir ponctué de folle compétition avec la campagne qui, tantôt, apparaît sous le charme de cette femme familière et lointaine indisponiblement présente : Isabelle ; où tantôt c’est notre jeune médecin de brousse, qui aux prises avec l’image de soi, affronte l’autre partie de son moi à laquelle il n’a pas accès ; si ce n ‘est par voie d’interposition à ce personnage européen qui prétend connaître l’Afrique et ses mystères mieux que lui. Tout se passe donc comme si Libreville, la Moderne, n’avait d’autre vie que cette coexistence mortifère d’avec le village-forêt qui ne pourra plus livrer ses mystères. La belle hétérotopie aurait écrit Michel Foucault.

Chez Mensah les aventures de Bikuékué et de Rempano ces deux « cons bien sympathiques » réveillent la fantasmagorie du paysan d’Aragon en pleine modernité. Rempano et Bikuekue habitent la ville aux détours de rêves et récits d’amour impossible qui constituent des voiles étales sur leurs yeux ; voilent qui les épargnent de sombrer dans la folie sombre de la ville avec ses réalités, ses clivages, ses brutalités….

Revenons donc au matitis. Ils sont liés à une poussée urbaine non maîtrisée… Dans tous les cas, l’expression des problèmes urbains indique à la fois les problèmes d’une politique urbaine et bien entendu, celui d’un œcoumène.

 III-Quelle politique urbaine?

Principe d’ecosophie :« Une telle concaténationde l’écologie environnementale, de l’écologie scientifique, de l’écologie économique, de l’écologie urbaine et des écologies sociales et mentales, je l’ai baptisée : écosophie »

Libreville brille par l’insuffisance d’infrastructure de modernisation : routes, transports, eau, énergie…. Tous ces manquements participent et de l’absence d’une politique de l’espace public et donc d’une écologie politique sociale.

La politique de l’espace public se résume à deux éléments :

  •  L’absence des espaces publics ;
  • L’absence d’un ordre architecturale ;

On parle d’une politique des espaces publics lorsque l’aménagement des espaces urbains obéit aux principes esthétiques et normes d’une cité : Places, Squares, jardins publics, lacs artificiels ou canal, aires de jeux, parcs de loisirs, airs de détente… Dans l’ensemble, ces aménagements ne vont pas un souci esthétique qui le plus souvent est architectural. C’est le moment de préciser ce qu’est l’architecture. Généralement appréhender comme art de l’espace, de l’ordonnancement et de la construction, l’architecture connaît vers la deuxième moitié du XIX ème une révolution qui est à l’avant-garde de la vie moderne : le postmodernisme. Bien entendu, il faut le dire avec l’architecture du verre et le Bauhaus qui rompent avec style monumental néoclassique et le matériau (la pierre). Du point de vue esthétique, l’architecture de verre manifeste l’expression de la liberté recherchée aussi bien dans le sens du confort intérieur que le sens d’une dynamique du regard. Cela en réaction au panopticon héritier d’un ordre social ou d’une configuration spatiale sécuritaire.

Bien avant la révolution du Bauhaus, c’est d’avantage Denis Diderot qui enseigne tout le bien que l’on doit penser de l’architecture aujourd’hui.  C’est l’architecture qui sauve l’art de l’imprimatur de la règle et du compas. Car, révèle- t- il, on a tendance à croire que c’est l’art de la mesure. A tort ! Les grandes révolutions dans cet art relèvent du caprice du goût qui, ne se dit de rien d’autre que de la magie de l’ornement.

Définition du bauhaus :  intégrer l’art à la vie en réalisant la synthèse de l’artisanat, de l’industrie et des arts plastiques. Meyer met l’accent sur la construction: avec la rentabilité grandissante des ateliers, l’esthétique et les arts plastiques + sociologie van der Rohe. Celui-ci, qui a construit l’année  précédente l’audacieux pavillon allemand de l’Exposition de Barcelone, divise l’école en deux sections – extérieur et intérieur, construction et design –privilégiant l’architecture.

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